A lors que les entreprises dans les domaines typiquement réservés aux hommes s’ouvrent de plus en plus aux jeunes femmes, les hommes n’ont pratiquement aucune chance de trouver une place d’apprentissage d’assistant de cabinet dans un cabinet de médecine ou de médecine dentaire. Il semble qu’ils agressent la perception de leur masculinité des médecins-dentistes et des médecins – les propriétaires de cabinet se sentent menacés. C’est au moment du passage de l’école obligatoire à la formation professionnelle que, dans le monde des métiers, apparaît déjà l’aiguillage vers une séparation des sexes: les entreprises qui assurent la formation peuvent cimenter les rôles liés au sexe en assignant systématiquement les jeunes femmes et les jeunes hommes à des domaines d’activités professionnelles typiquement liés à un sexe. Jusqu’à maintenant, c’était surtout de l’exclusion des jeunes femmes des formations professionnelles propres aux hommes qu’il était question. L’enquête «Sélection des apprentis dans les PME1» effectuée dans le cadre du programme national de recherche «Intégration et exclusion» met en évidence de nouveaux éléments. Exclusion des jeunes hommes des professions d’assistance Dans les mondes professionnels typiquement masculins étudiés (branche automobile et du bois), on propose de plus en plus souvent une formation à de jeunes femmes, les entreprises ayant appris à toujours plus apprécier les qualités de disponibilité des jeunes femmes. De plus, on loue leur infl uence positive sur l’ambiance de travail2. Au contraire, les candidats masculins à des professions d’assistance typiquement féminines des cabinets médicaux et dentaires (assistante dentaire, assistante médicale) sont pratiquement exclus. De jeunes hommes se sont annoncés dans la moitié des cabinets examinés pour la formation d’assistant de cabinet (dans l’un des cabinets médicaux, sur 150 candidatures, on comptait 10 candidats hommes). Mais les médecins-dentistes et médecins interrogés résistent avec succès à l’engagement d’assistants de sexe masculin. Agression contre la perception de soi, perturbations présumées de l’activité Les médecins-dentistes et les médecins ont expliqué leur attitude négative en prétextant de possibles perturbations de l’activité, en évoquant une agression contre ce qui est leur perception des genres et en affirmant qu’il faut protéger les jeunes Dans la conception des propriétaires de cabinets masculins, les assistants menaceraient l’aptitude à fonctionner du cabinet,cabinet, notamment la division bien établie du travail en relation avec le genre. On craint que les relations de travail hiérarchisées ne puissent plus fonctionner: les hommes ayant un rôle d’assistant auraient plus de difficulté à se subordonner. Encore plus grave: le déroulement des procédures professionnelles pourrait être perturbé par des relations amoureuses.
| La présence d’assistants médicaux de sexe masculin devrait faire l’objet d’explications plus nombreuses à l’intention des patientes et patients. Le fait que ces éléments sont formulés au conditionnel est une indication que dans le cas de ces restrictions il s’agit d’un pur produit de l’imagination non fondé sur l’expérience vécue dans l’entreprise. S’imaginer un assistant de cabinet de sexe masculin semble agresser la représentation que les médecins se font des sexes. Ce qui est déterminant à cet égard, ce n’est pas la proximité à un homme dans l’endroit où est exercée l’activité professionnelle: c’est beaucoup plus la diffi culté qu’ont les médecins-dentistes et les mé-decins d’accepter dans leur cabinet la combinaison de sexe masculin, subordination hiérarchique et infériorité professionnelle. Enfin, les médecins-dentistes et les médecins argumentent en se faisant les avocats des jeunes hommes: il faut protéger ces derniers d’une formation professionnelle qui met en question le modèle de l’homme soutien de la famille. Alors que l’on (l’homme) accepte la femme qui limite ses prétentions professionnelles, on repousse totalement l’entrée des hommes dans des professions où il n’existe pas de grandes possibilités de carrière. Par opposition aux accueillants de sexe masculin, qui mettent en avant les opportunités professionnelles limitées, les accueillantes se préoccuperaient plutôt du bien-être psychologique des assistants médicaux de sexe masculin dans une équipe de femmes. Pour les femmes médecins-dentistes et les assistantes dentaires par contre, le fait que la formation ne soit pas compatible avec l’image du soutien de famille est sans importance. Devant la mise en question croissante que représente «le pouvoir de travail féminin» dans la pratique des professions médicales, les prises de positions des médecinsdentistes et des médecins, très marquées émotionnellement, sont difficile à justifier. Néanmoins: un certain nombre de ceux qui ont été interrogés ont découvert par eux-mêmes en cours d’interview la contradiction qui existe entre leur propre perception des genres et la tentative de justifier la répartition du travail en fonction du sexe dans leur pratique. 1 Informations complémentaires sur www.lehrlingsselektion.info
2 Les jeunes femmes se trouvent souvent confrontées à l’obligation d’accepter la culture d’entreprise masculine. C’est ce qui devrait conduire beaucoup d’entre elles à s’auto-exclure après les expériences faites au cours du stage en entreprise. De façon fort compréhensible, elles ne sont pas disposées à s’exposer pendant plusieurs années de formation à des comportements masculins dépréciateurs et menaçants.
Rev Mens Suisse Odontostomatol , Vol 117 : 3 / 2007 |